vendredi 23 octobre 2026

Le Maître et Marguerite (chapitre 8)

 Duel entre un professeur et un poète



     Exactement au moment1 où Stiopa perdait conscience à Ialta, c’’est-à-dire vers onze heures et demie du matin, Ivan Nikolaïevitch retrouvait la sienne en s’éveillant après un sommeil long et profond. Il réfléchit un certain temps pour tâcher de comprendre comment il avait bien pu atterrir dans une chambre inconnue aux murs blancs, comprenant une surprenante table de nuit faite d’un métal clair et un store blanc derrière lequel se devinait le soleil.

     Ivan secoua la tête pour vérifier qu’elle ne lui faisait pas mal, et se souvint qu’il était dans une clinique. Cette pensée fit remonter le souvenir de la mort de Berlioz, mais à présent ce souvenir ne l’ébranla pas beaucoup. Ayant dormi tout son soûl, Ivan Nikolaïevitch était plus calme, et il commençait à retrouver de la lucidité. Après être resté quelque temps immobile sur ce lit au sommier à ressorts, très propre, moelleux et confortable, Ivan vit à côté de lui un bouton de sonnette. L’habitude qu’il avait de toucher sans nécessité les objets le fit appuyer dessus. Il s’attendait, à la suite de cette pression sur le bouton, à entendre une sonnerie ou à voir apparaître quelqu’un, mais quelque chose de très différent se produisit.

     Au pied du lit d’Ivan s’alluma un cylindre de verre dépoli sur lequel on lisait : « Boire ». Au bout d’un moment, le cylindre se mit à tourner, jusqu’à ce qu’apparaisse l’inscription « Infirmière ». Bien entendu, ce cylindre ingénieux frappa Ivan d’étonnement. À l’inscription « Infirmière » succéda l’inscription « Appelez le docteur ». 

     « Hum… » fit Ivan qui ne savait que faire au juste avec ce cylindre. Mais là, il eut par hasard de la chance. Ivan pressa le bouton une deuxième fois au mot « Aide-médecin2 ». En réponse, le cylindre tinta, s’arrêta, s’éteignit, et une femme replète et sympathique en blouse blanche entra dans la chambre et dit à Ivan :

     « Bonjour ! »

     Ivan ne répondit pas, trouvant ce salut déplacé, vu les circonstances. On flanquait tout de même en clinique un homme parfaitement sain d’esprit, en faisait mine, en plus, que c’était la chose à faire !

     Cependant, affichant toujours une expression bienveillante, la femme appuya sur un bouton, ce qui fit se relever le store, et le soleil inonda la pièce en traversant un grillage ténu à larges mailles qui descendait jusqu’au sol. Derrière le grillage apparut un balcon, et au-delà la berge d’une rivière qui serpentait, un gai bois de pins se montrant sur l’autre rive.

     « Veuillez prendre votre bain », l’invita la femme, une manœuvre de ses mains provoquant l’ouverture d’une cloison intérieure qui fit apparaître un compartiment salle de bains et un cabinet de toilette fort bien équipé.

     Bien qu’il eût décidé de ne pas causer avec la femme, Ivan ne put y tenir et, en voyant un large jet gicler d’un robinet étincelant dans la baignoire, il dit ironiquement :

     « Voyez-vous ça ! On se croirait au “Métropole” !

     — Oh non, répondit fièrement la femme, c’est bien mieux. Un tel équipement, vous ne le trouverez nulle part, même pas à l’étranger. Des savants et des médecins viennent spécialement visiter notre clinique. Nous recevons tous les jours des touristes étrangers3. »

     À ces mots de « touristes étrangers », Ivan repensa aussitôt au consultant de la veille. Il s’assombrit, regarda la femme par en-dessous et dit :

     « Des touristes étrangers… Ce que vous pouvez les adorer, les touristes étrangers ! Il y a parmi eux, soit dit en passant, toutes sortes de gens. Par exemple, j’en ai rencontré un hier, un vrai plaisir ! »

     Et il faillit se mettre à parler de Ponce Pilate, mais se retint en comprenant  que la femme n’aurait cure de ces histoires, et que, de toute façon, elle ne pouvait pas l’aider.

     Une fois lavé, Ivan Nikolaïevitch reçut aussitôt tout l’assortiment de ce qui est nécessaire à un homme sortant du bain : une chemise repassée, un caleçon, des chaussettes. Bien plus : la femme ouvrit une petite armoire, lui en montra l’intérieur et lui demanda :

     « Que voulez-vous passer – un peignoir ou un pyjama4 ? »   

     Rattaché de force à ce nouveau domicile, Ivan faillit lever les bras au ciel devant le sans-gêne de la femme et désigna sans rien dire un pyjama de finette5 ponceau.

     Après quoi, on fit suivre à Ivan Nikolaïevitch un long couloir désert et silencieux, et l’on le conduisit dans un cabinet aux dimensions immenses. Ivan, qui s’était résolu à traiter par l’ironie tout ce que contenait ce bâtiment étonnant par son équipement, baptisa aussitôt dans sa tête « usine-cuisine » ce cabinet.

     Et il y avait de quoi. On y trouvait des placards et des armoires vitrées renfermant des instruments nickelés et étincelants ; des fauteuils au mécanisme extrêmement compliqué, des sortes de lampes ventrues munies d’abat-jour brillants, une multitude de flacons, des becs Bunsen, des fils électriques et des appareils absolument inconnus.

     Dans le cabinet, trois personnes – deux femmes et un homme –, vêtues toutes les trois de blanc, prirent Ivan en charge. On l’emmena d’abord dans un coin, devant une petite table, dans l’intention évidente de lui faire subir un interrogatoire.

     Ivan se mit à considérer sa situation. Trois voies s’ouvraient devant lui. La première était extrêmement séduisante : se jeter sur ces lampes et ces appareils alambiqués et les réduire en miettes, en protestant ainsi contre son arrestation injustifiée. Mais l’Ivan d’aujourd’hui n’était plus du tout l’Ivan de la veille, et cette première voie lui parut incertaine : à quoi bon, cela les renforcerait dans l’idée qu’il est fou furieux. Ivan écarta donc cette première voie. Il y en avait une deuxième : se mettre tout de suite à relater l’histoire du consultant et de Ponce Pilate. Mais l’expérience de la veille montrait que les gens n’ajoutaient pas foi à ce récit, ou le comprenaient de façon en quelque sorte dénaturée. Ivan rejeta donc à son tour cette voie, et se décida pour la troisième : se murer dans un silence altier.

     Il ne parvint pas à réaliser entièrement ce plan et il lui fallut, bon gré mal gré répondre, même avec une brièveté maussade, à toute une kyrielle de questions. Il lui fut demandé absolument tout sur sa  vie passée, y compris quand et comment il avait eu la scarlatine, quinze ans plus tôt. Ayant rempli une page entière sur le compte d’Ivan, les employées retournèrent la feuille et l’une des femmes en blanc le soumit à un interrogatoire au sujet de sa famille. Ce fut le début d’une nouvelle litanie de questions : qui était mort, quand, de quoi, buvait-il, souffrait-il de maladies vénériennes, et le reste dans le même genre. Pour conclure, on lui demanda de raconter les évènements de la veille aux étangs du Patriarche, mais sans insister beaucoup, et Ponce Pilate ne suscita pas d’étonnement. 

     La femme céda alors Ivan à l’homme, qui le traita autrement, sans plus lui poser de questions. Il prit la température d’Ivan, ainsi que son pouls, examina ses yeux en les éclairant avec une sorte de lampe. Puis l’autre femme vint l’aider : Ivan fut piqué dans le dos, sans que ce fût douloureux, on lui dessina, avec le manche d’un petit marteau, de mystérieux signes sur la poitrine, on lui frappa les genoux avec des petits marteaux, ce qui fit tressauter ses jambes, on lui piqua un doigt pour lui prendre du sang, on le piqua aussi au pli du coude, on lui mit aux bras des sortes de bracelets en caoutchouc…

     Ivan se contentait de rire amèrement en son for intérieur, en songeant comme tout cela prenait une tournure étrangement bête. Pensez donc ! Il voulait avertir tout le monde de la menace, du danger émanant du consultant étranger, il se préparait à l’attraper, et tout ce qu’il avait réussi à faire, c’était d’atterrir dans il ne savait quel mystérieux cabinet pour y débiter toutes sortes d’absurdités à propos de l’oncle Fiodor qui, à Vologda, ne dessoûlait pas. D’une insupportable idiotie !

     On finit par laisser Ivan tranquille. Il fut ramené dans sa chambre, où il eut droit à une tasse de café, à deux œufs à la coque et à du pain blanc avec du beurre.

     Après avoir mangé et bu tout ce qu’on lui proposait, Ivan décida d’attendre qu’un chef se manifestât dans cet établissement, chef dont il obtiendrait l’attention et qui lui rendrait justice.

     Il l’attendit donc, et, très peu de temps après son petit déjeuner, la porte de la chambre d’Ivan s’ouvrit, livrant passage à une flopée de gens en blouses blanches. En tête marchait un homme d’environ quarante-cinq ans, au visage soigneusement rasé, comme celui d’un acteur, au regard affable mais aux yeux très perçants, et aux manières courtoises. Sa suite entière lui témoignait respect et attention, ce qui rendit son entrée fort solennelle. « Un vrai Ponce Pilate ! » se dit Ivan.

     Pas de doute, c’était le chef. Il s’assit sur un tabouret, tandis que les autres restaient debout.

     « Docteur Stravinski6 », se présenta-t-il, une fois assis, à Ivan qu’il regarda d’un air amical.

     « Tenez, Alexandre Nikolaïevitch », dit sans élever la voix un homme à la barbiche soignée, en tendant au chef le feuille concernant Ivan, entièrement couverte de notes.

     « Ils m’ont monté toute une affaire7 ! » se dit Ivan. D’un œil expérimenté, le chef parcourut la feuille en faisant des « mm, mm… », et il échangea avec des membres de l’entourage quelques phrases dans une langue peu connue8.

     « Il parle même latin, comme Pilate… » songea mélancoliquement Ivan. Un mot le fit alors tressaillir, c’était le mot « schizophrénie », prononcé, hélas, la veille par le maudit étranger aux étangs du Patriarche, et que venait de répéter le professeur Stravinski.

     « Ça aussi, il le savait ! » se dit Ivan avec angoisse9. 

     Le chef s’était apparemment donné pour règle de se montrer toujours d’accord et toujours content, quoi qu’ait pu lui dire son entourage, et d’exprimer cela par des « parfait, parfait… ».

     « Parfait ! » dit Stravinski en rendant la feuille à quelqu’un, et il s’adressa à Ivan :

     « Vous êtes poète ?

     — Poète », répondit d’un air sombre Ivan ; et, pour la première fois, il ressentit soudain une sorte d’aversion inexplicable pour la poésie, et de repenser à ses propres vers lui causa sur-le-champ un sentiment étrangement désagréable.

     Faisant la grimace, il demanda à son tour à Stravinski :

     « Vous êtes professeur ? »

     À quoi Stravinski, prévenant et courtois, répondit en inclinant la tête.

     « Et c’est vous le chef, ici ? » reprit Ivan.

     Stravinski inclina de nouveau la tête.

     « Il faut que je vous parle », dit Ivan Nikolaïevitch avec importance.

     « C’est pour cela que je suis venu, répliqua Stavinski.

     — Voilà de quoi il s’agit, commença Ivan, sentant son heure arrivée : on m’a étiqueté comme fou, personne ne veut m’écouter !

     — Oh si, nous allons vous écouter très attentivement, dit Stravinski d’un ton sérieux et apaisant, et nous ne nous permettrons en aucun cas de vous étiqueter comme fou.

     — Alors écoutez-moi : hier soir, aux étangs du Patriarche, j’ai fait la connaissance d’un mystérieux personnage, étranger sans l’être, qui savait d’avance que Berlioz allait mourir, et qui avait vu en personne Ponce Pilate. »

     Muette et immobile, la suite du professeur écoutait le poète sans broncher.

     « Pilate ? Celui qui vivait au temps de Jésus-Christ ?

     — Celui-là même.

     — Aha, fit Stravinski. Et ce Berlioz est mort écrasé par un tramway ?

     — C’est précisément à lui que le tramway a coupé la tête hier, en ma présence, en outre, cet énigmatique citoyen…

     — Celui qui connaît Ponce Pilate ? » demanda Stravinski, visiblement très intelligent.

     « Exactement », confirma Ivan, étudiant Stravinski du regard. « Donc, il avait annoncé à l’avance qu’Annouchka avait répandu l’huile de tournesol… Et il a glissé juste à cet endroit-là ! Qu’est-ce que vous en dites ? » s’enquit Ivan d’un air significatif, avec l’espoir que ses paroles feraient grande impression.

     Mais il n’en fut rien, et Stravinski posa simplement la question suivante :

     « Qui est donc cette Annouchka ? »

     Cette question décontenança Ivan, dont le visage s’altéra.

     « Annouchka n’a ici aucune espèce d’importance, dit-il en s’énervant. Qui elle est, le diable seul le sait. Une quelconque idiote de la rue Sadovaïa. Ce qui importe, voyez-vous, c’est que lui connaissait d’avance l’histoire de l’huile de tournesol ! Me comprenez-vous ?

     — Je comprends parfaitement », répondit gravement Stravinski qui ajouta, en touchant le genou du poète :

     « Restez calme et continuez.

     — Je continue, dit Ivan en s’efforçant de se mettre au diapason de Stravinski, une expérience amère lui ayant appris que la sérénité seule pouvait lui venir en aide. « Donc, ce type étrange — et il ment en se prétendant consultant – possède une sorte de pouvoir extraordinaire… Par exemple, quand on le poursuit, il est impossible de le rattraper. Et avec lui, il y en a encore deux, et des fameux, dans leur genre : une espèce d’échalas aux verres cassés, et puis un chat d’une taille invraisemblable, qui prend le tramway tout seul; en outre – Ivan, que personne n’interrompait, parlait avec toujours plus de feu et de conviction –, il était en personne sur le balcon de Ponce Pilate, il n’y a aucun doute là-dessus. Qu’est-ce que ça veut dire, tout de même ? Hein ? Il faut l’arrêter immédiatement, autrement il va causer des malheurs indescriptibles.

     — Vous cherchez donc à le faire arrêter, si je vous ai bien compris ? » demanda Stravinski.

     « Il est intelligent. Il faut reconnaître qu’au sein des intellectuels, on trouve aussi des gens d’une rare intelligence10. C’est indéniable. » Et il répondit :

     « Parfaitement exact ! Et comment ne pas avoir cet objectif, voyons, réfléchissez ! Cependant, je suis retenu ici de force, on me flanque une lampe dans les yeux, on me fait prendre un bain, on me pose des questions au sujet de mon oncle Fédia !… Lequel est mort depuis longtemps ! J’exige qu’on me libère immédiatement.

     — Eh bien, parfait, parfait ! réagit Stravinski. À présent, tout est clair. Quel sens y aurait-il, en effet, à garder dans une clinique un homme sain d’esprit ? Bien Monsieur11. Je vous signe à l’instant un bon de sortie si vous me dites que vous êtes normal. Je ne vous demande pas de la prouver, seulement de le dire. Donc, vous êtes normal ? »

     Il se fit alors un silence complet, et la grosse femme qui, le matin, avait pris soin d’Ivan regarda le professeur avec vénération, tandis qu’Ivan se disait de nouveau : « il est positivement intelligent. »

     L’offre du professeur lui plaisait grandement, pourtant, avant de répondre,  il réfléchit un long moment, pour finalement dire d’une voix ferme :

     « Je suis normal.

     — Voilà qui est parfait ! s’exclama Stravinski avec soulagement. S’il en est ainsi, raisonnons logiquement. Prenons votre journée d’hier » – là, il se retourna, et on lui tendit aussitôt la feuille concernant Ivan. « Parti à la recherche de cet inconnu qui s’est présenté à vous comme une relation de Ponce Pilate, vous avez accompli hier les actes suivants. » Là, Stravinski se mit à plier ses longs doigts, regardant tantôt la feuille, tantôt Ivan. « Vous vous êtes accroché une petite icône sur la poitrine. Exact ?

     — Exact, convint sans joie Ivan.    

     — Tombant d’une palissade et vous vous êtes esquinté la figure. C’est bien ça ? Vous êtes arrivé au restaurant un cierge allumé à la main, en sous-vêtements, et vous y avez battu quelqu’un. On vous a amené ici ligoté. Une fois ici, vous avez téléphoné à la milice pour leur demander d’envoyer des mitrailleuses. Ensuite, vous avez tenté de vous jeter par la fenêtre. C’est bien ça ? La question se pose alors : en agissant de la sorte, est-il possible d’attraper ou de faire arrêter quelqu’un ? Si vous êtes une personne normale, vous répondrez de vous-même : en aucune façon. Vous voulez partir d’ici ? Faites, Monsieur ! Mais puis-je vous demander où vous comptez aller ?

     — A la milice, bien sûr », répondit Ivan d’une voix déjà moins assurée, se sentant faiblir sous le regard du professeur.

     « Directement en sortant d’ici ?

     — Voui.

     — Sans passer d’abord chez vous ? demanda rapidement Stravinski.

     — Pas le temps ! Si je passais chez moi, il filerait pendant ce temps-là !

     — D'accord. Et que direz-vous à la milice, avant toute chose ?

     — Je leur parlerai de Ponce Pilate », répondit Ivan Nikolaïevitch, et ses yeux se voilèrent d’une brume sombre.

     « Eh bien, c’est parfait « ! s’écria Stravinski, subjugué ; et, se tournant vers l’homme à la barbiche, il ordonna : « Fiodor Vassiliévitch, veuillez signer le bon de sortie du citoyen Biezdomny. Mais il faut laisser sa chambre inoccupée, et ce n’est pas la peine de changer la literie. Dans deux heures, le citoyen Biezdomny sera de retour ici. Bon, dit-il en s’adressant au poète, je ne vous souhaite pas bonne chance, car je ne crois pas que vous ayez la moindre chance, pas un iota. À très bientôt ! »

     Il se leva, et sa suite s’ébranla.

     « Pour quelle raison reviendrais-je ici ? » demanda Ivan avec inquiétude.

     Stravinski semblait s’attendre à cette question, il se rassit et dit :

     « Pour la bonne raison suivante : dès que vous vous montrerez en caleçon à la milice, pour dire que vous avez rencontré un homme ayant personnellement connu Ponce Pilate, vous serez ramené ici, vous retrouverez votre chambre.

     — Qu’est-ce que le caleçon vient faire là-dedans ?

     — C’est surtout Ponce Pilate. Mais le caleçon intervient aussi. Nous vous reprendrons évidemment le linge fourni par l’État, et vous rendrons vos vêtements. Et vous avez été amenés ici en caleçon. Vous n’avez cependant pas du tout l’intention de passer chez vous, bien que j’aie attiré votre attention sur ce point. Pilate par-dessus le marché… l’affaire est dans le sac ! »

     À ce moment, quelque chose d’étrange arriva à Ivan Nikolaïevitch. Ce fut comme si sa volonté se brisait en deux, et il se sentit faible, il lui fallait un conseil.

     « Mais alors, que faire ? » demanda-t-il, d’un ton maintenant timide.

     « Voilà qui est parfait ! répliqua Stravinski. C’est une question extrêmement judicieuse. Je vais maintenant vous dire ce qui vous est arrivé, en fait. Hier, quelqu’un vous a causé une grande frayeur et vous a complètement chamboulé en vous parlant de Ponce Pilate et d’autres choses du même acabit. Et vous, complètement à bout de nerfs, vous vous êtes mis à courir la ville en parlant de Ponce Pilate. Il est parfaitement naturel qu’on vous ait pris pour un fou. Votre salut réside à l’heure actuelle dans une seule chose : le repos complet. Il vous faut absolument rester ici.

     — Mais il est indispensable de l’attraper ! s’exclama Ivan, d’une voix qui implorait, maintenant. »

     « Bien monsieur, mais pourquoi serait-ce à vous de courir après lui ? Mettez par écrit vos soupçons et vos accusations à son encontre. Il n’y rien de plus simple que de transmettre votre déclaration à qui de droit, et si, comme vous le supposez, nous avons affaire à un criminel, tout sera très vite éclairci. Une seule condition cependant : évitez toute tension mentale et tâchez d’oublier un peu Ponce Pilate. Que n’entend-on pas comme histoires ! Il ne faut pas croire tout ce qui se raconte.

     — Compris ! déclara résolument Ivan. Faites-moi donner, je vous prie, du papier et une plume. »

     « Donnez-lui du papier et un petit bout de crayon », ordonna Stravinski à la grosse femme ; et, s’adressant à Ivan : « mais je vous conseille de ne pas l’écrire aujourd’hui.

     — Si, si, aujourd’hui même, absolument ! s’écria Ivan avec anxiété.

     — Bien, bien. Mais évitez toute tension cérébrale. Si vous ne pouvez pas aujourd’hui, vous y arriverez demain.

     — Il aura filé !

     — Oh non, répliqua Stravinski avec assurance, il ne filera nulle part, je vous le garantis. Et rappelez-vous qu’ici nous ferons tout notre possible pour vous aider, et que, sans cela, vous n’arriverez à rien. Vous m’entendez ? » dit Stravinski avec une brusque  insistance. Il prit les deux mains d’ Ivan Nikolaïevitch dans les siennes et regarda longuement, fixement, Ivan dans les yeux en répétant : « Ici, on vous viendra en aide… vous m’entendez ?… Ici, on vous viendra en aide… Cela vous soulagera. Ici, tout est calme, tranquille… ici, on vous viendra en aide12… »

     Ivan Nikolaïevitch bâilla d’un seul coup, l’expression de son visage s’adoucit.

     « Oui, oui, dit-il à mi-voix.

     — Eh bien, c’est parfait ! » conclut Stravinski à sa manière habituelle, en se levant. 

     « Au revoir ! » dit-il. Il serra la main d’Ivan et, déjà  sur le pas de la porte, il se retourna vers l’homme à la barbiche et lui dit : « Et puis, essayez l’oxygène… et les bains. »

     Quelques instants plus tard, Ivan n’avait plus devant lui ni Stravinski ni sa suite. Derrière le grillage de la fenêtre, au soleil de midi, resplendissait sur l'autre rive le gai bois de pin printanier, tandis que, plus près, la rivière étincelait.




Notes

  1. Il n’y a pas de décalage horaire entre Moscou et Ialta.
  2. Le fameux feldscher, intermédiaire entre l’infirmière et le médecin. Le mot est ici au féminin. 
  3. Le texte reprend le mot contracté intourist déjà vu au chapitre 1, voir la note 14.
  4. Tenue d’intérieur possible en Russie (note Fl).
  5. Coton à doublure de peluche. On peut aussi traduire le terme russe par bayette, renvoyant davantage à une fine étoffe de laine. Les dictionnaires se contredisent.
  6. Et de trois, après Berlioz et Rimski ! Là encore, ce nom n’est pas pris au hasard : Les œuvres de Stravinski, installé en France depuis 1919, exaltant les coutumes païennes de l’ancienne Russie, et l‘irrationnel y étant présent… ainsi que le diable dans son Histoire du soldat. Elles étaient interdites depuis 1930 en URSS, mais avaient rencontré un grand succès avant. Comme on sait, le ballet le plus connu de Stravinski (auquel Rimski-Korsakov, justement, avait donné des leçons de 1902 à 1908) est Le Sacre du printemps, ce printemps dans lequel nous baignons tant à Moscou qu’à Jérusalem… (Wikipedia, notes L-G et Fl).
  7. Dans le texte : « Ils m’ont confectionné (cousu) toute une affaire (un dossier). L’expression est typique des procès staliniens, petits ou grands.
  8. En URSS, les dossiers médicaux étaient rédigés en latin (note M-M). Voir par exemple Le Pavillon des cancéreux, d’Alexandre Soljénitsyne.
  9. Voir la note 1 du chapitre 6, ou revoir la fin du chapitre 1.
  10. Ivan Biezdomny est un écrivain prolétarien, qui méprise donc l’intelligentsia classique, celle du XIXe siècle, et ses rejetons non activement ralliés à la révolution et continuant plus ou moins à ratiociner. Vieille histoire : Lénine disait que l’intelligentsia se prenait pour l’élite de la société, alors qu’elle était plutôt « la merde de la société ». Et l’accession au pouvoir de Staline avait bien sûr renforcé ce trait (notes L-G et Fl, réflexions personnelles).
  11. Voir la note 22 du chapitre 7. Idem pour « Faites, Monsieur », un peu plus loin, et « Bien Monsieur », un peu avant la fin du chapitre.
  12. S’appuyant sur les recherches de Pavlov, l’hypnotisme médical était pratiqué en URSS. Depuis le chapitre 6 s’est ouvert un nouvel espace dans le roman, celui de la clinique. Espace hors-monde, mais qui recevra des visites…

dimanche 18 octobre 2026

La Maître et Marguerite (chapitre 7)

 Un appartement malsain



     Le lendemain matin, si l’on avait dit à Stiopa Likhodieïev1 : « Stiopa ! Ou tu te lèves tout de suite, ou l’on te fusille ! », Stiopa aurait répondu d’une voix languissante, à peine audible : « Fusillez-moi, faites de moi ce que vous voulez, mais je ne me lèverai pas. »

     Bien loin de pouvoir se lever, il avait même l’impression de ne pas pouvoir ouvrir les yeux : s’il le faisait, un éclair jaillirait qui lui ferait éclater la tête en mille morceaux. Une lourde cloche bourdonnait dans cette tête, des taches brunes bordées de vert flottaient entre les globes de ses yeux et ses paupières closes, et, pour couronner le tout, il avait la nausée, une nausée qui lui semblait liée aux sons obsédants d’un phonographe.

     Stiopa tentait de se rappeler quelque chose, mais il arrivait seulement à se rappeler que, la veille, semblait-il, et il ne savait où, il se tenait, une serviette à la main, essayant d’embrasser une dame, en lui promettant que le lendemain, à midi pile, il irait la voir chez elle. La dame refusait en disant : « Non, non, demain, je ne serai pas chez moi. » Mais Sttiopa maintenait avec obstination : « Je viendrai quand même ! »

     Qui était cette dame, quelle heure était-il, et quel jour, et de quel mois, Stiopa n’en savait rigoureusement rien, et le pire, c’est qu’il n’avait aucune idée de l’endroit où il se trouvait. Il fit un effort pour tirer au clair au moins ce dernier point, et, dans ce but, décolla les paupières de son œil gauche. Quelque chose miroitait vaguement dans la pénombre. Stiopa finit par reconnaître le trumeau et comprit qu’il était couché, étalé à la renverse sur son lit, c’est-à-dire sur l’ancien lit de la bijoutière, dans sa chambre. Il ressentit alors un coup si fort dans la tête qu’il ferma les yeux et se mit à gémir.

     Expliquons-nous : Stiopa Likhodieïev, directeur du théâtre des Variétés2, avait repris connaissance au matin chez lui, dans l’appartement qu’il partageait pour moitié avec feu Berlioz, dans le grand immeuble de cinq étages3 disposé en forme de П4 et longeant la rue Sadovaïa. 

     Il faut dire que cet appartement, au n° 50, jouissait depuis longtemps d’une réputation, si ce n’est déplorable, du moins étrange. Deux ans plus tôt, sa propriétaire était encore la veuve du bijoutier de Fougeray. Anna Frantsevna de Fougeray5, respectable quinquagénaire dotée d’un grand sens pratique, avait attribué trois des cinq pièces à deux locataires6 : l’un s’appelait quelque chose comme Biélomout, et le nom du second s’est perdu7. 

     Et donc, deux ans plus tôt, avaient commencé à se produire dans cet appartement des évènements inexplicables : des gens y disparaissaient sans laisser de traces.

     Un jour – un jour de repos –, un milicien se présenta à l’appartement, appela dans le vestibule le deuxième locataire (celui dont le nom s’est perdu) et lui dit qu’on le priait de passer au poste de la milice pour signer un papier – une affaire de quelques instants. Le locataire chargea Anfissa, la fidèle et ancienne employée de maison d’Anna Frantsevna, de dire, au cas où on lui téléphonerait, qu’il serait de retour dans dix minutes, et il partit en compagnie du correct milicien en gants blancs. Mais, loin de revenir au bout des dix minutes, il ne revint jamais. Le plus étonnant était que le milicien avait disparu en même temps que lui.

     Pieuse et même – pour dire les choses franchement – superstitieuse, Anfissa annonça sans ambages à une Anna Frantsevna fort affligée qu’il s’agissait de sorcellerie8, et qu’elle savait très bien qui avait enlevé aussi bien le locataire que le milicien, mais qu’elle ne voulait pas le dire, la nuit approchant.

     Or la sorcellerie, c’est de notoriété publique, une fois commencée, on ne peut plus l’arrêter. Le deuxième locataire avait disparu, sauf erreur, un lundi, et le mercredi, Biélomout disparut à son tour comme par enchantement, dans d’autres circonstances, il est vrai. Une voiture passa le prendre comme tous les matins pour l’amener à son travail. Elle l’y amena mais n’en ramena personne, elle-même, on ne la vit plus.

     Le chagrin et l’effroi de Mme Biélomout furent indescriptibles. Mais ne durèrent pas, hélas. Cette nuit-là, en revenant, en compagnie d’Anfissa, de la datcha où elle s’était rendue avec une hâte inexplicable, Anna Frantsevna ne trouva plus dans l’appartement la citoyenne Biélomout. Et ça, ce n’était encore rien : sur les portes des deux pièces occupées jusque là par les époux Biélomout étaient apposés des scellés !

     Deux jours s’écoulèrent tant bien que mal. Le troisième jour, ayant tout ce temps souffert d’insomnies, Anna Frantsevna partit de nouveau en toute hâte à sa datcha… Inutile de dire qu’elle n’en revint pas !

     Restée seule, Anfissa, ayant pleuré tout son soûl, alla se coucher un peu avant deux heures du matin. On ignore ce qu’il advint d’elle par la suite, mais, aux dires des habitants des autres appartements, on avait toute la nuit entendu des coups frappés au n° 50, où l’électricité avait brûlé jusqu’au matin, la lumière aux fenêtres en témoignant. Et au matin, il s’avéra qu’Anfissa  n’était plus là !

     Toutes sortes de légendes coururent un bon moment, dans l’immeuble, au sujet des disparitions et de l’appartement maudit : par exemple, que la sèche et dévote Anfissa aurait porté sur sa poitrine desséchée, dans un petit sac en daim, vingt-cinq gros diamants appartenant à Anna Frantsevna. Que dans le hangar à bois de cette même datcha où s’était rendue précipitamment Anna Frantsevna avaient été découverts de fabuleux trésors, constitués de diamants toujours, et aussi de pièces d’or à l’effigie du tsar… Et ainsi de suite, dans le même genre. Mais nous ne nous portons pas garant de ce que nous savons pas.

     Quoi qu’il en soit, l’appartement demeura vide et sous scellés une semaine seulement, après quoi y emménagèrent feu Berlioz et son épouse, ainsi que notre Stiopa, lui aussi avec son épouse. De façon très naturelle, à peine se trouvèrent-ils dans l’appartement maudit qu’il se mit à leur arriver le diable sait quoi. Plus précisément, en l’espace d’un mois, les deux épouses disparurent. Mais, elles, non sans laisser de traces. On racontait avoir vu la femme de Berlioz à Kharkov9, en compagnie d’un maître de ballet supposé, tandis que celle de Stiopa aurait été retrouvée rue Bojedomka10, où, d’après les commérages, le directeur des Variétés, usant de ses innombrables relations, s’était arrangé pour lui trouver une chambre, à la condition expresse qu’elle ne remît plus les pieds rue Sadovaïa…

     Stiopa se mit donc à gémir. Il voulait appeler l’employée de maison11, Grounia, et réclamer du pyramidon12, mais parvint à comprendre que c’était idiot : Grounia n’avait bien sûr pas de pyramidon sur elle. Il tenta d’appeler Berlioz au secours, gémissant à deux reprises : « Micha… Micha… », mais vous vous doutez bien qu’on ne lui répondit pas. un silence complet régnait dans l’appartement.

     Ayant remué ses orteils, Stiopa se rendit compte qu’il avait gardé ses chaussettes, il tâta d’une main tremblante sa cuisse pour voir s’il avait aussi son pantalon, sans parvenir à conclure. Enfin, se voyant seul et abandonné, sans personne pour lui venir en aide, il se décida à se lever, fût-ce au prix d’efforts surhumains.

     Stiopa décolla ses paupières l’une de l’autre et vit son image dans la glace du trumeau : un homme aux cheveux pointant en tous sens, à la figure enflée et couverte de poils raides et noirs, aux yeux bouffis, en chemise sale avec col et cravate, en caleçon et chaussettes. 

     Ainsi se vit-il dans le trumeau, et il aperçut à côté de la glace un inconnu vêtu de noir et coiffé d’un béret noir.

     Stiopa s’assit dans le lit et écarquilla au maximum ses yeux injectés de sang pour regarder l’inconnu.

     Ce dernier rompit le silence par ces mots, prononcés d’une lourde voix de basse :

     « Bonjour, fort sympathique Stepan Bogdanovitch ! »

     Il y eut un nouveau silence, après lequel, faisant sur lui-même un effort terrible, Stiopa articula :

     « Que désirez-vous ? » et il fut stupéfait de ne pas reconnaître sa voix. Il avait prononcé le mot « que » d’une voix aiguë, « désirez » d’une voix de basse, et le « vous », lui, n’était tout simplement pas sorti.   

     L’inconnu eut un sourire amicalement narquois, tira de son gousset une grosse montre en or avec un triangle de diamants sur le couvercle, la laissa sonner onze fois et dit :

     « Onze heures ! Cela fait exactement une heure que j’attends votre réveil, car vous m’aviez donné rendez-vous chez vous à dix heures. Me voici13 ! »

     Stiopa tâtonna pour trouver son pantalon sur la chaise à côté du lit, murmura : « excusez-moi… », l’enfila puis demanda d’une voix rauque : 

     « Quel est votre nom, s’il vous plaît ? »

     Il avait du mal à parler. À chaque mot, quelqu’un lui enfonçait une aiguille dans le cerveau, lui causant une douleur infernale.

     « Comment ? Vous avez oublié jusqu’à mon nom ? » dit l’inconnu, et il sourit.

     « Pardonnez-moi… « dit Stiopa de sa voix rauque , en sentant que sa gueule de bois le gratifiait d’un nouveau symptôme : il avait l’impression que le plancher, du côté du lit, était parti allez savoir où, et que lui-même allait dégringoler la tête la première, se retrouvant au diable, en pleine géhenne.

     « Cher Stepan Bogdanovitch, dit le visiteur avec un sourire pénétrant, aucun pyramidon ne vous sera de la moindre utilité. Observez cette ancienne et sage règle : soigner le mal par le mal. La seule chose qui vous ramènera à la vie, c’est deux petits verres14 de vodka accompagnés de hors-d’œuvre épicés et très chauds15. 

     Stiopa était malin et, aussi malade qu’il fût, il comprit qu’il lui fallait, puisqu’on l’avait trouvé dans cet état, tout reconnaître.

     « Pour parler franchement, commença-t-il en remuant la langue le moins possible, hier, j’ai un peu…

     — Pas un mot de plus ! » répondit le visiteur qui s’écarta avec son fauteuil.

     Ouvrant des yeux ronds, Stiopa vit sur un petit guéridon un plateau déjà garni de tranches de pain blanc, de caviar pressé dans une petite coupe, de cèpes marinés dans une petite assiette, de quelque chose dans une cassolette, et enfin de vodka dans la carafe pansue de la bijoutière. La buée froide sur la carafe étonna particulièrement Stiopa. D’ailleurs, on voyait pourquoi : elle reposait dans un petit vase rempli de glace. Bref, le couvert était soigné et adroitement mis.

     L’inconnu ne laissa pas l’étonnement de Stiopa devenir douloureux, il lui versa avec dextérité un demi-verre de vodka.

     « Et vous ? piailla Stiopa.

     — Volontiers ! »

     Stiopa porta d’une main mal assurée le verre à ses lèvres, tandis que l’inconnu avalait d’un trait le contenu du sien. Après avoir mâché un peu de caviar, Stiopa accoucha de ces mots :

     « Mais vous… ne mangez rien ?

     — Je vous remercie, je ne grignote jamais », répondit l’inconnu en versant de nouveau de la vodka dans les deux verres. Une fois son couvercle enlevé, la cassolette révéla des saucisses à la sauce tomate.

     Voilà que la maudite verdure devant les yeux de Stiopa s’évanouit, les mots se mirent à sortir de sa bouche et, surtout, il commença à se souvenir de deux ou trois choses. Notamment que ça s’était passé la veille à Skhodnia16, à la datcha de Khoustov, l’auteur de sketches, que c’était Khoustov qui l’y avait amené en taxi. Il se rappelait même qu’ils avaient pris ce taxi devant le « Métropole17 », il y avait encore avec eux un acteur pas tout à fait acteur… avec un phonographe dans une mallette. Oui, oui, oui, c’était à la datcha ! Même que les chiens hurlaient à cause du phonographe. Seule la dame que Stiopa avait voulu embrasser demeura une énigme… le diable seul savait qui c’était… elle travaillait à la radio, lui semblait-ii, mais sans en être sûr.

     La lumière se faisait donc peu ou prou sur la journée de la veille, mais, pour l’instant, Stiopa s’intéressait bien davantage à celle d’aujourd’hui, et en particulier à l’apparition dans sa chambre d’un inconnu, accompagné qui plus est de hors-d’œuvre et de vodka. Ce fait-là, il serait bon de l’expliquer !

     « Alors, maintenant, vous vous souvenez de mon nom, j’espère ? »

     Mais Stiopa ne put que faire un geste d’impuissance, accompagné d’un sourire timide.

     « Tout de même ! Je sens que vous avez bu du porto, après la vodka. Voyons, cela ne se fait pas !

     — Je voudrais vous prier que cela reste entre nous, fit Stiopa avec obséquiosité.

     — Oh, bien entendu, bien entendu ! Mais, bien sûr, je ne me porte pas garant de Khoustov.

     — Vous connaissez donc Khoustov ?

     — Hier, dans votre cabinet, j’ai vu fugitivement cet individu, mais un simple coup d’œil à sa figure suffit pour se rendre compte que c’est une canaille, un intrigant, un caméléon et un lèche-bottes. »

     « Parfaitement exact ! » songea Stiopa, frappé par la justesse, la précision et la concision de cette définition de Khoustov.

     Oui, les morceaux de la journée d’hier se recollaient, néanmoins le directeur des Variétés demeurait inquiet. Car un énorme trou noir béait au milieu de cette journée de la veille. Tout ce que vous voulez, cet inconnu en béret, Stiopa ne l’avait jamais vu dans son cabinet.

     « Woland18, professeur de magie noire, dit avec autorité le visiteur en voyant l’embarras de Stiopa, et il se mit à raconter tout en bon ordre.

     Venant de l’étranger, il était arrivé la veille à Moscou et s’était tout de suite présenté chez Stiopa pour lui proposer une série de spectacles aux Variétés. Stiopa avait téléphoné à la Commission des spectacles de la région de Moscou, avait réglé la question avec elle (Stiopa blêmit et cligna des yeux), signé avec le professeur Woland un contrat pour sept représentations (Stiopa ouvrit la bouche), en convenant que Woland viendrait le voir à dix heures ce matin afin de préciser cela en détail… Woland était donc venu. Il avait été accueilli par Grounia, l’employée de maison, qui, lui expliqua-t-elle, venait elle-même d’arriver pour faire le ménage, que Berlioz n’était pas là et que, si le visiteur désirait voir Stepan Bogdanovitch, il n’avait qu’à aller lui-même dans sa chambre. Stepan Bogdanovitch, dormait si profondément qu’elle n’irait pas prendre sur elle de le réveiller. Ayant vu l’état dans lequel se trouvait Stepan Bogdanovitch, l’artiste avait envoyé Grounia acheter de la vodka et des hors-d’œuvre au Gastronome19 le plus proche, ainsi qu’à la pharmacie chercher de la glace, et…

     « Permettez-moi de vous régler ce que je vous dois », geignit Stiopa, anéanti et se mettant à chercher son portefeuille.

     « Laissez donc, ce n’est rien du tout ! » se récria l’artiste en tournée, qui refusa d’en entendre davantage.

     La vodka et les hors-d’œuvre avaient donc trouvé leur explication, Stiopa faisait néanmoins peine à voir : il ne se souvenait rigoureusement de rien à propos du contrat, et il était sûr et certain – sa main au feu – de ne pas avoir vu ce Woland hier. Khoustov oui, Woland non.

     « Laissez-moi voir ce contrat, demanda Stiopa d’une petite voix.

     — Je vous en prie, je vous en prie… »

     Stiopa jeta un regard au papier et son sang se figea. Tout y était. À commencer par sa propre signature, aussi hardie qu’authentique ! Et, en marge, de l’écriture penchée de Rimski20, le directeur financier, l’autorisation de verser à l’artiste Woland une avance de dix mille roubles, à valoir sur les trente-cinq mille roubles dus pour sept spectacles. De plus, la signature de Woland était jointe, certifiant avoir touché ces dix mille roubles !

     « Qu’est-ce que c’est que tout ça ? » se dit l’infortuné Stiopa, et il fut pris de vertige. Était-ce le début de trous de mémoire de mauvais augure ? Toujours était-il qu’à la vue du contrat, manifester encore de l’étonnement eût relevé de l’inconvenance. Stiopa pria son hôte de lui permettre de s’absenter une minute et, tel qu’il était, en chaussettes, il courut téléphoner dans le vestibule. Au passage, il cria en direction de la cuisine :

     « Grounia ! »

     Mais personne ne répondit. il jeta un coup d’œil sur la porte du cabinet de Berlioz, qui donnait sur le vestibule, et, comme on dit, resta cloué sur place. Il venait de voir, sur la poignée de la porte, un énorme cachet de cire scellé avec sa cordelette. « Génial ! » rugit quelqu’un dans sa tête. « Il ne manquait plus que ça21   ! » Là, les pensées de Stiopa se mirent à courir sur deux voies, mais, comme c’est toujours le cas lors d’une catastrophe, dans une seule et même direction, connue seulement du diable. Il est difficile de même   transmettre la bouillie que Stiopa avait dans la tête. D’une part la diablerie à béret noir, vodka glacée et contrat invraisemblable ; de l’autre, comme si on avait besoin de ça, les scellés sur la porte ! Allez donc raconter à qui vous voulez que Berlioz en a fait de belles : on ne vous croira pas, eh non ! Seulement, les scellés, eux, ils sont là !

     Oui monsieur22…

      À ce moment, se mirent à grouiller dans la cervelle de Stiopa les petites pensées les plus désagréables a sujet d’un article qu’il avait récemment refilé, fort malencontreusement, Berlioz pour qu’il soit publié dans sa revue. Article idiot, entre nous soit dit ! Sans aucune valeur, et payé des clopinettes…

     Tout de suite après cette remémoration de l’article, surgit le souvenir d’une conversation équivoque ayant eu lieu le 24 avril au soir, il se le rappelait, ici même, dans la salle à manger, pendant qu’ils dînaient, Mikhaïl Alexandrovitch et lui. On ne pouvait pas qualifier cette conversation d’équivoque, au plein sens du terme (Stiopa ne s’y serait pas risqué), mais cette conversation portait tout de même sur, disons un sujet superflu. il eût été parfaitement loisible, citoyens, de ne pas l’entreprendre. Avant les scellés, indubitablement, cette conversation aurait pu passer pour absolument insignifiante, seulement voilà, après les scellés…

     « Ah, Berlioz, Berlioz ! C’est tout bonnement inconcevable ! » Le cerveau de Stiopa était en ébullition.

     Mais ce n’était pas le moment de se lamenter trop longtemps, et stiopa composa le numéro du cabinet de Rimski, le directeur financier des Variétés. La situation de Stiopa était délicate : d’abord, l’étranger pouvait se vexer de voir Stiopa chercher à vérifier ses dires après que le contrat lui eût été montré, et puis, il était extrêmement difficile de parler avec le directeur financier. En effet, on ne pouvait lui demander simplement : « Dites-moi, ai-je bien conclu hier avec un professeur de magie noire un contrat de trente-cinq mille roubles ? » On ne pose pas ce genre de question !

     « Oui  ! » fit dans l’écouteur la voix brusque, désagréable, de Rimski.

     « Bonjour, Grigori Danilovitch, dit doucement Stiopa, ici Likhodieïev. Voilà ce qui m’amène… heu… heu… j’ai chez moi ce… cet artiste Woland… Et donc… je voulais vous demander, pour ce soir ?…

     — Ah, le mage noir ? » répliqua Rimski dans l’écouteur. « On aura les affiches d’un instant à l’autre.

     — Ah bon », fit Stiopa d’une voix faible. « Alors, à tout à l’heure…

     — Vous venez bientôt ? demanda Rimski.

     — D’ici une demi-heure », répondit Stiopa qui, ayant raccroché, serra à deux mains sa tête brûlante. Ah, quelle sale histoire lui arrivait ! Qu’est-ce qui se passait avec sa mémoire, citoyens ? Hein ?

     Cependant, s’attarder dans le vestibule eût été inconvenant, et Stiopa arrêta aussitôt un plan : tout faire pour cacher son incroyable trou de mémoire, et en premier lieu, à l’instant même, tirer adroitement à l’étranger les vers du nez, pour savoir ce qu’il avait au juste l’intention de montrer ce soir aux Variétés, ce théâtre dont Stiopa avait la charge.

     Stiopa se détourna alors du téléphone et, dans la glace du vestibule, que la paresseuse Grounia n’avait pas nettoyée depuis un bout de temps, il vit distinctement une espèce de type étrange, long comme une perche et portant un pince-nez (ah, si Ivan Nikolaïevitch avait été là ! Lui aurait tout de suite reconnu le type !). Mais l’autre, s’étant reflété, disparut. Inquiet, Stiopa regarda le vestibule plus attentivement et ressentit un deuxième choc en voyant passer dans la glace un énorme chat noir, qui disparut à son tour. 

     Stiopa chancela, son cœur cessant un instant de battre.

     « Mais qu’est-ce qui se passe ? se dit-il. Est-ce que je deviens fou ? D’où sortent ces reflets ? » il jeta un coup d’œil dans le vestibule et cria, épouvanté :

     « Grounia ? C’est quoi, ce chat qui se balade chez nous ? D’où sort-il ? Et l’autre ?

     — Ne vous inquiétez pas, Stepan Bogdanovitch », lui répondit une voix qui n’était pas celle de Grounia, mais celle du visiteur, depuis la chambre. « C’est mon chat. Du calme. Quant à Grounia, elle n’est pas là, je l’ai envoyée à Voronej. Elle se plaignait que vous ne lui aviez pas donné ses congés. »

     Ces paroles étaient si absurdes et si inattendues que Stiopa pensa avoir mal entendu. En plein désarroi, il revint au petit trot dans la chambre et resta figé sur le seuil. Ses cheveux s’agitèrent sur sa tête et son front fut parsemé de gouttelettes de sueur.

     Le visiteur n’était plus seul dans la chambre, il avait de la compagnie. Dans le second fauteuil siégeait ce même type qu’il avait cru voir dans le vestibule. on le voyait très bien, à présent : des moustaches comme de petites plumes, un pince-nez avec un verre scintillant, et l’autre absent. Mais, dans la chambre, on trouvait bien pire encore : sur le pouf de la bijoutière, était vautré avec désinvolture un troisième personnage, qui n’était autre que le chat noir aux dimensions terrifiantes, un petit verre de vodka dans une patte, et dans l’autre une fourchette avec laquelle il avait déjà attrapé un champignon mariné.

     La lumière, déjà faible dans la pièce, commença à s’éteindre dans les yeux de Stiopa. « C’est donc comme ça qu’on devient fou ! » songea-t-il en se cramponnant au chambranle de la porte.

     « Vous paraissez un peu surpris, très cher Stepan Bogdanovitch ? » s’enquit Woland auprès d’un Stiopa claquant des dents. « Pourtant, il n’y a pas de quoi. C’est ma suite. »

     À ce moment, le chat but sa vodka et la main de Stiopa glissa en bas du chambranle.

     « Et cette suite a besoin de place, reprit Woland, si bien que l’un de nous est de trop dans cet appartement. Et, ce me semble, la personne en trop, c’est vous !

     — C’est ce Monsieur, c’est ce Monsieur23 ! » entonna d’une voix chevrotante le long type en pantalon à carreaux24, en désignant ainsi Stiopa. « Ces derniers temps, ce Monsieur se comporte comme un affreux cochon. Il picole, joue de sa situation pour avoir des liaisons féminines, ne fiche rien, d’ailleurs on ne voit pas ce qu’il pourrait faire, vu qu’il ne comprend rien à la tâche qui lui a été confiée. Il en fait accroire à ses chefs ! 

     — Il se sert abusivement de sa voiture de fonction ! » cafarda le chat en mâchant son champignon.

     Il se produisit alors un quatrième et dernier phénomène dans l’appartement, alors que Stiopa – lequel, à force de glisser, s’était complètement affalé par terre –, griffait le chambranle d’une main sans force.

     Un individu émergea directement de la glace du trumeau. Il était de petite taille, mais extraordinairement  large d’épaules, portait un chapeau melon, et le croc dépassant de sa bouche rendait hideuse une physionomie déjà singulièrement moche. Avec, en prime, des cheveux d’un roux flamboyant.

     « Je ne peux pas comprendre, dit le dernier arrivé en prenant aussitôt part à la conversation, comment il s’est retrouvé directeur » – le rouquin nasillait de plus en plus fortement. « Il est directeur  comme moi je suis évêque !

     — Tu ne ressembles pas à un évêque, Azazello25 », fit remarquer le chat en mettant des saucisses sur son assiette.

     « C’est bien ce que je dis » nasilla le rouquin qui, se tournant vers Woland, ajouta avec déférence : « Messire26, vous me permettez de l’expédier au diable, loin de Moscou ?

     — Ouste ! » vociféra soudain le chat, le poil hérissé.

     Et la chambre se mit à tourner autour de Stiopa, sa tête heurta le chambranle et, perdant connaissance, il se dit : « je meurs… »

     Mais il ne mourut pas. Entrouvrant les yeux, il se vit assis sur une surface en pierre. Quelque chose bruissait autour de lui. En ouvrant bien les yeux, il comprit que c’était la mer qui faisait ce bruit et, qui plus est, qu’une vague clapotait juste à ses pieds. Bref, il était assis à l’extrémité d’une jetée, avec le ciel d’un bleu éblouissant au-dessus de sa tête et, derrière lui, une ville blanche à flanc de montagne.

     Ignorant ce qui se fait en pareilles circonstances, Stiopa se leva sur ses jambes flageolantes et suivit la jetée jusqu’au rivage.

     Un homme se tenait là, sur la jetée, fumant et crachant dans la mer. Il regarda Stiopa d’un air bizarre et cessa de cracher.

     Stiopa se livra alors à un vrai numéro : il s’agenouilla devant le fumeur inconnu et articula :

     « Je vous en supplie, dites-moi, quelle est cette ville ?

     — Ben mon vieux ! » fit le fumeur impitoyable.

     — Je ne suis pas soûl, reprit Stiopa d’une voix rauque. Il m’est arrivé quelque chose… Je suis malade… Où suis-je ? Quelle est cette ville ?

     — Ben, Ialta… »

     Stiopa poussa un petit soupir, s’écroula sur le côté, sa tête heurta la pierre de la jetée chauffée par le soleil. Il perdit conscience.  

     




Notes


  1. Diminutif de Stepan. Le nom Likhodieïev signifie « faisant le mal ». Pour corser un peu, on verra plus loin que l’auteur l’a doté du patronyme Bogdanovitch, fils de Bogdan, ce prénom signifiant, lui, « don de Dieu » (notes L-G, Fl et M-M).
  2. Le terme de Variétés, désignant un spectacle un peu décousu, est passé en russe pour signifier surtout un café-concert. Le texte le faisant précéder du mot « théâtre », on retombe sur l’acception française. Il n’y a donc pas de raison de le mettre en italique, ni de le traiter comme un terme français simplement transcrit, ce que fait la Pléiade.
  3. Six dans le texte, car le rez-de-chaussée est compté comme premier étage. Erreur chez Ligny, qui parle de six étages (il faudrait alors dire six niveaux), erreur comique chez Markowicz, qui en voit sept. On trouve bien le nombre cinq chez Flamant, mais étage est écrit au singulier : une vraie malédiction !
  4. En utilisant une lettre russe… ou grecque (note M-M).  On trouve « en forme de U » dans la Pléiade, ce qui a l’avantage de garder une lettre française. Quant à Ligny, il voit la façade donner sur la rue Sadovaïa, ce qui est inexact : П ou U, cela dépend du sens dans lequel on marche, mais c’est une aile qui longe la rue Sadovaïa. La façade, qui donne sur une petite esplanade dallée, a été ornée d’un grand portrait de l’écrivain en 2014 (recherches personnelles).
    Cet immeuble ne se trouvait pas, comme on va lire dans le texte, au numéro 302 bis – qui n’a jamais existé – de la rue Sadovaïa, mais au n°10. Boulgakov y a habité, à l’appartement n° 50, dans de mauvaises conditions (une seule pièce dans un appartement communautaire…) au début des années vingt (notes L-G, Fl et M-M). Par ailleurs, le terme décrivant la forme de l’immeuble signifie aussi « paix, repos ». Il sera question, dans la suite de repos éternel (note M-M).
  5. Nom français (évoquant pour les Russes une flûte à champagne), patronyme allemand… On peut aussi y voir une parodie du nom du grand joaillier russe Karl Fabergé (notes Fl et M-M).
  6. Stratagème utilisé pendant la NEP pour éviter de tomber sous les réquisitions liées à un volume habitable trop important. Voir par exemple Cœur de chien (note Fl).
  7. Le premier nom renvoie à « blanc trouble », et le nom perdu renvoie aux disparitions qui vont suivre.
  8. Boulgakov ironise sur ces disparitions, qui renvoient en fait aux très nombreuses arrestations des années trente. Prétendre y voir de la sorcellerie souligne le côté surréel de l’époque et replace dans ce cadre la magie qui va suivre (notes L-G et Fl, méditées).
  9. En ukrainien, Kharkiv. 
  10. Rue de l’hospice ; il y en a plusieurs (note Fl).
  11. Ce terme avait remplacé, après 1917, tous les autres, comme bonne, femme de ménage, soubrette (note Fl).
  12. Ancien analgésique très utilisé entre la fin du XIXe siècle et 1935 (note M-M).
  13. Dans le Faust de Gounod – que Boulgakov connaissait sur le bout des doigts –, à l’acte I, ce sont les deux premiers mots de Méphistophélès en réponse à l’appel de Faust « À moi, Satan » (note Fl;, qu’on peut vérifier en écoutant cet opéra).
  14. On trouve « deux décilitres » dans la Pleiade, ce qui paraît abusif !
  15. Dans Cœur de chien, le professeur Préobrajenski expliquait déjà à son assistant qu’il fallait, pour accompagner la vodka, commencer par des zakouski chauds…
  16. Localité voisine de Moscou, lieu de villégiature (notes Fl et M-M).
  17. Grand hôtel cité au chapitre 3.
  18. Nom du diable – avec des variantes – en territoire germanique, attesté dans diverses variantes de la légende de Faust. Goethe le cite dans le tableau « Nuit de Walpurgis » de son Faust : « Platz ! Junker Voland kommt ! » (« Place ! C’est M. Voland qui vient  ! » dans la traduction de Gérard de Nerval. Boulgakov a choisi la variante Woland, qui se prononce Voland, et s’écrit de même en russe. L’une des variantes du nom, Faland signifiant le « trompeur », le « malin » (notes L-G et Fl).
  19. Chaîne de magasins.
  20. Deuxième nom de musicien apparaissant, après celui de Berlioz. Et pas n’importe lequel : Rimski-Korsakov, attiré par les légendes païenne et compositeur ayant réorchestré le poème symphonique Une nuit sur le mont Chauve – terme rencontré dans l’espace christo-judéen du roman – de son ami Moussorgski. De plus, rimski, en russe, signifie romain, ce qui relie encore les deux espaces, le moscovite et le christo-judéen, en attendant que le troisième, le faustien, ne se montre (notes L-G et Fl).
  21. Stiopa se dit aussitôt, en voyant les scellés, que Berlioz a été arrêté (note Fl).
  22. Seulement indiqué par l’enclitique sifflée ajoutée avec un tiret après le « da » (oui).
  23. Dans le texte russe : » Lui, lui ! », avec un pluriel ironique de fausse déférence, repris ensuite. Ce pluriel sera indiqué tout de suite après dans le texte, ce que je rends par « en désignant ainsi ». 
  24. Par référence au chapitre 3 – c’est lui qui avait indiqué à Berlioz la (définitive) sortie. Ici, le texte dit simplement « à carreaux ».
  25. Forme italianisée du nom d’Azazel, démon apparaissant dans l’Ancien Testament (Lévitique 16, 8,10 et 26), ainsi que dans la littérature juive apocryphe. On livrait chaque année à Azazel, le démon du désert, un bouc émissaire. Boulgakov avait lu une traduction en russe de ces textes (notes L-G et Fl).
  26. Transcrit du français.